Jeudi 28 juillet 2011
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le journal "médiapart" continue son travail d'investigation et de salubrité publique sur les privilèges de nos institutionnels.
Journal Médiapart.
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Le Sénat ment par omission sur le salaire de ses membres. A lire son site internet, les 343 élus du Palais du Luxembourg ne toucheraient «que» 7.100 euros d'indemnité par mois. C'est faux. Au moins pour
certains. Chaque mois en effet, une quarantaine de sénateurs, pompeusement appelés«dignitaires», jouissent de confortables rallonges. Jusqu'ici, seul le supplément accordé au Président
était connu (7.270 euros mensuels); de même que le bonus offert aux trois questeurs (5.170 euros), depuis que Mediapart en a révélé le montant. En réalité, d'après des documents que Mediapart s'est procurés, le Sénat distribue au fil de l'année 1,15 million d'euros de
compléments d'indemnité à une armée de «dignitaires» de tous bords, sans que le public en soit informé.
Après la polémique sur la prime versée fin juin aux sénateurs (que le Palais a finalement dû se résoudre à annuler), ces nouvelles révélations risquent de faire tache. Sollicité, le service Communication n'a pas souhaité nous répondre.
Voici les chiffres, dans le détail:
• 8 vice-présidents du Sénat – 4 UMP (dont Jean-Pierre Raffarin), 2 PS (dont Catherine Tasca), 1 Union centriste, 1 communiste –
touchent une rallonge de 2.080 euros par mois.
• 17
patrons de commission, présidents de groupe politique ou rapporteurs généraux voient leur feuille de paie gonflée de 2.080 euros par mois.
• 3
présidents de Délégation (dont celle aux Droits des femmes) bénéficient d'un supplément de 1.930 euros.
• Le
président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques récupère 890 euros par mois.
• 14
secrétaires du Sénat touchent 710 euros.
• Enfin, Christian Poncelet, toujours vaillant sur les bancs UMP, jouit d'une indemnité complémentaire de 4.320 euros mensuels
en tant qu'ancien président du Sénat. (Ce montant était connu des seuls initiés jusqu'au 21 juillet dernier, mais après que Mediapart a posé une question sur le sujet au service Communication du
Palais, Gérard Larcher a choisi de le rendre public dans un
entretien à France Soir, pour mieux annoncer qu'il y renoncerait, à titre personnel, le
moment venu.)
En tout, 48 sièges, soit 14% de la chambre, sont dotés d'un complément d'indemnité – qui s'ajoute bien sûr
aux enveloppes allouées à tous les parlementaires pour financer l'emploi de collaborateurs ou les dépenses liées à l'exercice du mandat. Les
heureux bénéficiaires étant désignés par leurs pairs.
Nombre de ces fonctions de prestige (vice-présidents, secrétaires...) sont renouvelées tous les trois ans, ce qui
permet à bien plus que 48 sénateurs de bénéficier d'une rallonge à un moment donné de leur mandat.
Des sommes en
augmentation
Ces compléments de salaire sont-ils seulement légitimes? La casquette de «président de commission» est sans nulle
doute associée à une foultitude de tâches particulières, et les vice-présidents du Sénat sont contraints de diriger à tour de rôle les séances dans l'hémicycle. En théorie, le «rapporteur général
de la commission des Finances» cravache dur aussi – l'actuel occupant (l'UMP Philippe Marini) trouve malgré tout le temps de siéger aux conseils d'administration de multiples sociétés privées.
A l'inverse, le surplus de travail qui incombe à Michèle André (PS), la patronne de la Délégation aux droits des
femmes (32 heures de réunion en 2009/10, 17 heures en 2008/09), justifie-t-il un bonus de 1.930 euros par mois? Quant aux 14 «secrétaires», issus de tous les groupes politiques, leur rôle se
résume à siéger au bureau du Sénat, qui se réunit à peine une fois par mois... Parmi ces «petits» dignitaires, on retrouve d'ailleurs des parlementaires peu réputés pour leur assiduité ou leur
force de travail, tels le socialiste Jean-Noël Guérini, qui compte une intervention unique cette année en séance publique (zéro en 2009/10, zéro en 2008/09), ou l'UMP Philippe Nachbar (2
interventions depuis octobre 2010).
Mais quel que soit le bien-fondé de ces gratifications, l'essentiel du problème est ailleurs: c'est l'opacité du
système, organisée par l'institution elle-même. Ainsi le président du Sénat, Gérard Larcher, se contente-t-il de communiquer sur son complément d'indemnité – pour mieux se vanter de l'avoir diminué en 2009. Mais pourquoi le montant des autres
rallonges est-il caché? Sans doute la maison, tous partis confondus, a-t-elle du mal à les assumer. D'après nos informations, ces scrupules ne l'ont pas empêchée, entre 2010 et 2011, d'augmenter
d'environ 5% la masse budgétaire consacrée à ces «bonus» de dignitaires.
Boite noire
Le Sénat a beau avoir déposé plainte pour «vol» de documents et «abus de confiance» le 13 juillet dernier, dans l'objectif revendiqué d'identifier et d'intimider nos sources, nous continuons notre travail d'investigation pour mettre au jour
les secrets du Palais du Luxembourg.
A quelques semaines des élections sénatoriales (programmées le 25 septembre), les grands électeurs ont plus que jamais le droit d'être informés sur la manière dont cette maison est gérée – de
même que l'ensemble des citoyens. Malgré l'ouverture d'une
enquête préliminaire par le parquet de Paris, qui autorise par exemple la fouille d'ordinateurs au Sénat, nous poursuivrons donc la publication de documents clés, jusqu'ici
confidentiels mais d'intérêt public.
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