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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 11:38

Un mot revient en permanence  lorsque l’on disserte sur les révoltes arabes ; c’est la surprise.

 

Personne en s’y attendait.  Cette surprise unanime doit nous interroger ou nous interpeller. Il semble bien pourtant que chacun ait fait son travail; les diplomates, les analystes géopolitiques, les intellectuels spécialistes du monde arabe. Aujourd’hui, il y a même des fiches diplomatiques qui sortent et qui ont exprimé clairement les situations critiques dans ces sociétés aujourd’hui en ébullition.  Mais rien ni fait, nous avons été surpris.  On a bien tenté d’expliquer, dans un premier temps, que la  « placidité naturelle !! » des Tunisiens,  « la gentillesse soumise » des Egyptiens, ne pouvaient laisser prévoir une telle détermination valeureuse, mais on a vite compris que ces explications fort désobligeantes pour les peuples ne suffisaient pas.  C’est autre chose.

 

Trois raisons, à mon avis, peuvent aussi être avancées de façon complémentaire pour expliquer la surprise qui nous a saisie.

 

1)      notre besoin de sécurité

Elles résultent peut être de notre tradition coloniale, mais ce n’est pas qu’un mot. Elle se traduit aussi en faits. Les rapports politiques que nous entretenons depuis longtemps avec tous ces pays concernent pour beaucoup la vente de matériels de maintien de l’ordre et de sécurité.  Il peut s’agir de la vente d’armes, d’opération de formation de policiers ou de gendarmes, d’instruction militaire et de livraison de matériels militaires. Et comme nous le savions un minimum, ces pays acheteurs sont dirigés par des autocrates qui utilisent ces matériels surtout pour la défense de leur pouvoir sur leur population.  A preuve, la déclaration de MAM qui alors que la révolte s’amplifiait, proposait encore nos services pour le maintien de l’ordre en Tunisie.  Pour la ministre des Affaires étrangères, ce n’était ni une faute, ni une erreur. C’était naturel et même elle reste surprise qu’on lui en fasse grief. Dans sa lettre de démission elle confirme bien qu’ «elle n’a fait aucune faute».  Alors la surprise vient peut être de là. Une révolte n’était pas possible. Comment se fait’il que tout ce service de maintien de l’ordre n’ait pas dissuadé un peuple de se révolter à mains nues. Sans doute avons-nous pensé que ce n’était plus possible. 

 

2)      notre conception de la servitude

Notre principale servitude dans nos sociétés dites « avancées » relève de la problématique vis-à-vis de l’argent. C’est l’argent qui nous fait courir. Mais on ne se révolte pas ou on ne va pas risquer sa vie pour par exemple  « qu’il n’y ait plus de riches ». Au contraire on veut tous devenir riche ou au minimum conserver chacun son petit privilège particulier.  A la limite on peut manifester pour plus d’égalité, on peut s’indigner contre les abus et même s’«encolérer »,  mais ça ne dure que le temps de parution d’un journal. D’autres indignations surviennent.   Certains ont pu même dire qu’a quoi bon faire la révolution si c’est pour  faire la place à d’autres riches qui prendront la place des anciens.  C’est bien évidemment ne rien comprendre au fait que les révoltes arabes avaient pour but de renverser des dictateurs, de lutter contre des oppressions, des abus de pouvoir et pour la liberté.  Ce n’est pas la misère et la pauvreté qui suscitent des révolutions. C’est le besoin de liberté. C’est ce que ces peuples viennent de nous rappeler. Ils ont surtout besoin de liberté.

Et c’est peut être une surprise..

 

3)      notre timidité démocratique

 Nous considérons notre démocratie comme aboutie.  Bien évidemment nous moquons ceux qui se targuent de vivre dans «une république irréprochable», mais tout se passe comme si un consensus était établi sur la valeur définitive de notre démocratie. Bien sûr, il y a des abus de pouvoirs, des conflits d’intérêts, des atteintes aux principes fondamentaux de la démocratie, (séparation des pouvoirs, inexistence des contrepouvoirs), des dérives malheureuses (propagande et autres) mais toutes ces anicroches passent les unes après les autres et sont noyées dans le flux d’information.  Ah ! bien sûr il y a des scandales mais notre solution est toute trouvée et  correspond bien à notre tempérament de perpétuels insatisfaits ; on peut s’indigner et il est même recommander de le faire.

Mais globalement  ça va. D’ailleurs les questions démocratiques ne sont pas un sujet assez sérieux pour être une priorité dans le « combat » présidentiel qui vient. On ne peut pas gagner là-dessus. Non, les questions essentielles seront économiques, sociales et sécuritaires.  On voudra nous protéger.  Et tout le monde en est d’accord.  Notre problème c’est notre protection, individuelle et collective.

Alors qu’on puisse encore se révolter pour la démocratie c’est aussi une surprise.

 

Décidément on avait de quoi être surpris. Non ?  Au risque de passer pour de « l’auto flagellation», il n’est pas aventureux de la dire.

 

http://changerlarepublique.over-blog.com/

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Published by bernard29 - dans Analyses
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